C’est lui, Adrian, l’un des meilleurs songwriters que la Suisse ait jamais connu. Il est l’un des rares à camper les charts avec une régularité étronomique et à enchaîner les tubes comme s’il en pleuvait. Malgré cette notoriété, personne n’aura jamais été aussi insaisissable que lui. Le chanteur d’apparence si calme et si timide a toujours soigneusement évité de devenir une attraction médiatique, préférant s’en remettre
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C’est lui, Adrian, l’un des meilleurs songwriters que la Suisse ait jamais connu. Il est l’un des rares à camper les charts avec une régularité étronomique et à enchaîner les tubes comme s’il en pleuvait. Malgré cette notoriété, personne n’aura jamais été aussi insaisissable que lui. Le chanteur d’apparence si calme et si timide a toujours soigneusement évité de devenir une attraction médiatique, préférant s’en remettre aux textes de ses chansons qui en disent long sur lui-même.
«Quand j’étais ado déjà je m’en fichais de savoir quelles fringues et quelles coiffures portaient les artistes sur scène. Cela m’était bien égal de savoir quelle étiquette on collait à tel ou tel artiste ou pourquoi on disait qu’un groupe était «soft» alors qu’un autre était du genre «hard». Tout ce qui m’a
toujours intéressé est de savoir si la mélodie d’un artiste est bonne et si je vais réellement être convaincu par ce qu’il chante.»
Le leader des Lovebugs s’adresse à tous ceux qui ont les oreilles et le cœur grand ouvert pour écouter ce qu’il a à leur dire. «So perfect, this moment», les premiers mots chantés après l’intro magnifique font mouche, car ce passage résume exactement l’impression de calme et de satisfaction qui se dégage du premier album solo d’Adrian Sieber. Pour ce multi-instrumentiste accompli, c’est l’aboutissement d’une œuvre pour laquelle il s’est retiré pendant deux séances d’enregistrement dans un studio en Romandie à l’écart du monde.
«J’ai toujours rêvé de faire un album sans personne, d’être seul maître à bord et d’enregistrer tous les instruments moi-même. La batterie, la basse, les guitares, le synthé, le piano, les beats et le chant – j’ai tout fait tout seul comme un grand. Vous connaissez ce bouquin pour enfants qui s’appelle «Séraphin et la machine extraordinaire»? Dans cette histoire, Séraphin construit une machine à musique géante dont lui seul peut se servir à partir de centaines de vieux instruments qu’il a récupérés. J’étais fasciné par ce livre quand j’étais gosse.»
Les douze perles que compte ce disque ne sont pas nées du jour au lendemain, mais sont les fruits d’un processus de maturation. Ils ont mûri au fil des années, quand il cherchait l’inspiration la nuit sur la table de son bureau, tapotant les vieilles touches de son Casio, grattant les cordes de sa guitare ou même en rêve. L’isolement et la solitude ont du bon. C’est quand un auteur-compositeur aussi doué qu’Adrian Sieber est face à lui-même, que son talent explose. Il suffit d’écouter des chansons plantées en plein cœur telles que la ballade en voûtante au piano «The Healing», le titre «Play» avec son synthé perçant, «Dr. Good» et son drumbeat comateux frôlant l’hypothermie, «Prototype» chanté d’une voix au timbre fragile, la ligne mélodique sèche de «The Rain Parade», pour s’en convaincre. Les morceaux solos d’Adrian sont autant de productions pop léchées racontant une foule d’histoires différentes en quelques accords seulement, mais ils représentent aussi des tranches de sa propre vie recensant tout le catalogue d’influences qui l’ont marqué et de musiques qui l’ont absorbé: l’arrière-goût d’amertume de la new-wave, les divines harmonies des eighties et l’euphorie de Madchester.
«Je crois que lorsque tu es touché pour la première fois par un son, il t’accompagne pour le restant de ta vie. Dans mon cas, c’était une cassette du hit-parade annuel de 1982 avec Kim Wilde et OMD.
Ce n’est pas rien (ricane-t-il). Après cette révélation, j’ai commencé à économiser tout mon argent de poche pour m’acheter des disques. Certains d’entre eux font toujours partie de mes préférés aujourd’hui dont «Les Chansons Bleues» de Stephan Eicher ou «The Head on the Door» des Cure.»
On pourrait parler des heures durant de ces disques qui ont connu une longue période de gestation, mais il vaut encore mieux les écouter pour les comprendre. Montez le son et passez directement à «Dr. Good», vous entendrez après la deuxième minute une guitare douce entrelacer une mélodie festive au piano. Rares sont les moments où solennité et kitsch créent un équilibre aussi parfait. C’est l’un d’entre eux.
«Ecrire et produire est toujours une recherche et parfois aussi un exercice périlleux. C’est avant tout un moment-clé dans la vie, une sorte de journal intime dans lequel on exprime ce que l’on ressent. La ‘chanson parfaite’ ou ‘l’album parfait’ n’existe pas. Je crois que ça serait terriblement ennuyeux si
c’était le cas.»
La pop se nourrit de mise en scène et d’exagération, elle prospère sur les ruines de la défaite et célèbre la résurrection en fanfare. La pop est épique et tragique ou tout le contraire mais c’est surtout du cinéma. A ses heures de gloire toutefois, elle apporte un regard vraiment profond sur l’artiste. «Adrian Solo» capte l’essence même de cet auteur-compositeur de talent qui a fait des Lovebugs un grand groupe. «Adrian Solo» est le disque qu’Adrian Sieber a toujours voulu faire. Il est personnel sans être introverti. Il se révolte et doute, se rappelle et se réjouit parfois d’anciens souvenirs, sans faire d’autocritique.
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Reduire]